Journée d’études du sous-comité « santé mentale » de l’AEDH à Stavanger (Norvège)

Compte-rendu du vendredi 10 Novembre 2017

Accueil à l’Hôpital Universitaire de Stavanger

Par Eldar Søreide, Directeur médical, Stavanger University Hospital Trust

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L’Hôpital Universitaire de Stavanger en quelques chiffres :

  • 7400 employés dont plus de 160 médecins
  • 900 lits (300 en 2 divisions de psychiatrie et 600 en soins somatiques)
  • Dessert une population de 365 000 (allant jusqu’à 450 000) personnes
  • 490 000 jours de chirurgie et de soins externes. 53 000 admissions.

 

Visite du Centre psychiatrique de l’Hôpital Universitaire de Stavanger

Par Moyfrid LOVBREKKE responsable de ce centre et Kristin E. KLEMP, ancienne responsable

La prise en charge prodiguée dans ce centre fait partie des 300 lits listés supra. Une centaine de lits sont localisés en intra-hospitalier, et le reste en centres tels que le centre que nous avons visité ce jour. Le centre dessert environ 72 000 adultes.

Le bâtiment qui abrite ce centre a été construit il y a 3 ans.
Il comprend 30 lits d’hospitalisation, et les locaux pour les soins ambulatoires (hôpitaux de jour, consultations…).
Il s’agit de beaux bâtiments, fonctionnels.
Nous avons été impressionnés par la qualité de l’accueil des patients aussi au niveau logistique : notons qu’une pièce avec lave-linges et sèche-linges est là pour permettre d’aider les patients dans le cadre des projets de réhabilitation ; des coins cuisine et des fontaines à eau, café, thé, boissons froides, sont disponibles à différents endroits du bâtiment, en libre service ; dans les salles à manger des patients, nous avons vu des buffets de petits déjeuners disponibles et les patients s’y servaient.

 

Puis des présentations sont faites par des professionnels qui travaillent au centre psychiatrique de district.

« KRUS presentation recovery »  (présentation de la méthode KRUS permettant la réhabilitation)

Présentation faite par Henning MELHUS, psychologue clinicien spécialisé

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Présente la thérapie avec la méthode « K R U S » (cf ci-dessous la signification de ces 4 lettres).
Il s’agit d’une thérapie qui permet, par une thérapie psycho-dynamique avec des éléments de thérapie cognitive, d’aider à baisser le poids des processus d’anxiété et d’augmenter la prise de conscience que le patient peut décider. Il est souligné l’importance que le patient et l’équipe se rapprochent et travaillent ensemble.

  • K : prise de conscience de son corps par un « physicaltherapist » (thérapie corporelle)
  • R : régulation des sentiments/ressentis par des sessions individuelles
  • U : métapsychologie du corps, prise de conscience des différents chemins de l’anxiété, des différents mécanismes de défense, afin d’améliorer le ressenti et le fonctionnement
  • S : thérapie de groupe centrée sur les sentiments (ressentis) et comment les exprimer ou les sur-exprimer (perception du patient des autres membres de sa famille par ex) par la technique « STDP » (développée par Davanloo, Abbass, Della et Selva).

Un travail sur l’expression des sentiments, aussi de culpabilité, permet d’améliorer la perception de la personne, ainsi que son état somatique (permet de baisser les consultations somatiques par ex).

Les patients qui sont présents au centre rentrent le WE pour s’exercer, puis reviennent au centre pour une évaluation conjointe, permettant de réajuster les soins.

En conclusion il est souligné les bons résultats obtenus : les personnes recommencent à travailler, consultent moins, aussi d’un point de vue somatique, vivent plus et mieux, ont de nouveaux amis…

 

Intervention précoce dans les maladies psychotiques

Présentation faite par Robert JORGENSEN, infirmier spécialisé de l’équipe pour les soins aigus et détections précoces (« team TIMPS »)

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Le constat était dressé d’une période longue (plusieurs mois) sans traitement des malades atteints de maladies psychotiques. Ce constat était encore plus important avant la campagne d’information grand public (2003).

Parmi les actions d’amélioration, une équipe spécialisée appelée « team TIPS » a été mise en place.

L’équipe est contactée le plus souvent par téléphone.
Après une évaluation rapide (en 24H), si la psychose est diagnostiquée, le traitement sera mis en place en 1 à 2 semaines.

Il y a eu 550 à 600 contacts téléphoniques « TIPS » de 2007 à 2016. Ces contacts téléphoniques ont donné lieu à 240 à 280 « PANSS interviews », et 120 consultations de diagnostics.

Des programmes nationaux ont été conduits de 2002 à 2014 permettant de soutenir les différents travaux conduits (principales études nationales : utilisation des drogues dans les maladies psychotiques, pair-aidance en lien avec les recommandations nationales, prévention primaire des psychoses, prévention du suicide).

Les résultats montrent des impacts favorables sur la fréquentation des amis, les relations familiales.

En conclusion il est souligné l’importance d’inclure précocement, même en phase aigue, l‘entourage social et les amis.

Le collègue irlandais du sous-comité santé mentale de l’AEDH, Jim Ryan, fait le lien avec l’objectif de diagnostic précoce mis en place en Irlande, en se basant sur le modèle australien.

 

 

« La sobriété est payante. Résultats d’une étude de Stavanger sur la réhabilitation au long cours »

Présentation faite par Egon HAGEN, Psychologue, responsable de l’équipe addiction et santé mentale, clinique des jeunes adultes et enfants

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Le but est d’améliorer la vie des personnes dans le cadre d’une addiction (« SUD : Substance Use Disorder »).

Il est souligné d’emblée que l’addiction est parfois due à la consommation de plusieurs substances, ce qui entraine le développement de comorbidités psychiatriques et d’autres problèmes.

L’étude consiste en le suivi au long cours d’une cohorte de patients entrant dans une nouvelle séquence de traitement dans la région de Stavanger.

L’un des buts est de définir le meilleur calendrier pour le traitement.

Il a été cherché si un an d’abstinence entraine une satisfaction (dans la vie courante, dans l’exécution des fonctions, dans la qualité psychologique ressentie, etc ). Il est constaté des impacts positifs sur la qualité de vie, le fonctionnement quotidien, la capacité à mettre à profit la thérapie.

Principales conclusions : il fait y aller doucement au départ pour ne pas décourager les personnes. L’apprentissage doit se faire par étapes. Et il faut un temps d’évaluation assez long (ne pas aller trop vite car cela peut engendrer des conclusions erronées).

 

 

Recommandations nationales pour les psychoses et travaux sur les plans de soins (« national guidelines for psychosis and work on guaranteed treatment plans »)

Jan Olav JOHANNESSEN, psychiatre, directeur des recherches en psychiatrie, Hôpital Universitaire de Stavanger

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Il est souligné que globalement, les maladies mentales concernent en majorité des personnes jeunes, ainsi que l’importance de développer les préventions.

Intérêt de l’intervention précoce aussi dans les psychoses.

Recommandations (cf les dias 60 à75) ; M. Johannessen souligne en particulier :

  • limiter la durée des psychoses sans traitement à 4 semaines
  • adapter les soins au public jeune, en se basant sur thérapies de groupes pour adultes
  • Inclure la famille dès que possible, et au plus tard dans les 3 jours
  • programme de psycho-éducation en invitant les proches membres de la famille
  • continuer les traitements psycho-dynamiques aussi dans les phases non psychotiques (M. Johannessen précise que cela n’est pas conforme aux recommandations d’autres pays)
  • l ‘environnement (milieu, ambiance) dans les unités de soins doit être aidante (« supportive »), avec de la structuration et de l’ordre, et avec des degrés faibles d’agressivité.

Une échelle de mesure de l’ambiance des unités a été élaborée (« Ward Atmosphere Scale, WAS ») et doit être utilisée régulièrement

  • la thérapie musicale doit débuter rapidement car elle améliore la réhabilitation
  • l’entrainement aux activités sociales (par ex activités sportives) doit développer les aptitudes requises, et l’aide adaptée doit être apportée pour faciliter le travail et l’école.

Johannessen souligne pour finir l’importance du suivi des patients.

 

« Bonnes pratiques : comment réduire les restrictions et traitements non volontaires en Norvège : où en sommes-nous par rapport à l’initiative européenne « No force first initiative » (pas de force d’abord l’initiative) ? Hospitalisation psychiatrique aigues en soins libres et sous contrainte à Stavanger »

Présentation faite par Kjetil HUSTOFT, conseiller médical, clinique psychiatrique pour adultes

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Des études (mesures) ont été réalisées, sur des sujets tels l’utilisation de moyens coercitifs en intra hospitalier, les blessures des employés, la baisse des hospitalisations sous contrainte (qui est un objectif national).

Ont ensuite été présentées des mesures pour réduire l’utilisation de moyens de coercition  (cf la diapositive 12). M. HUSTOFT souligne en particulier les aspects suivants :

  • il faut plus de spécialistes (améliorer les compétences)
  • l’intervention précoce
  • l’évaluation de la capacité du patient à comprendre le problème médical, le traitement, à dire non au traitement…

La loi norvégienne de 2017 soutient ces orientations. Il est souligné que le fait de changer la Loi aide à mettre les changements en oeuvre.

 

Compléments à cette présentation par Jim RYAN, Directeur du « Central Forensic Hospital » (hôpital central pour les soins sans consentement), Dundrum, Irlande

Il est précisé qu’il est très important que ce soit un médecin qui décide si le patient doit être hospitalisé contre son gré ou non.

Un prisonnier peut refuser de prendre un traitement (sauf s’il est hospitalisé contre son gré).

Il est très important de travailler sur la notion de « capacité » du patient de comprendre, de décider : une loi est actuellement en préparation et sera promulguée en Irlande à ce sujet.

Vu la richesse des échanges qui s’en suivent et l’intérêt pour ces enjeux, le  groupe santé mentale de l’AEDH décide de poursuivre ces échanges par des travaux conjoints dans les mois à venir.

 

Puis nous avons assisté au Stavanger Forum (centre de congrès) à une conférence donnée devant environ 500 personnes, dans le cadre des « Journées de la schizophrénie » qui se déroulaient à Stavanger à la même époque.

Conférence sur le sujet blessures cachées : inflammation – liens entre traumatismes dans l’enfance et psychopathologie »

Présentation réalisée par Andrea DANESE, médecin, psychiatre, Maudsley Hospital, Londres

 

Puis le groupe a été accueilli au Département des jeunes et adolescents de l’Hôpital Universitaire de Stavanger

 

Une présentation du projet «  pathfinder project  (recovery initiative) »

a été réalisée par leur responsable, Randi MOBAEK

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Il s’agit d’une initiative dans le domaine de l’autonomie et de la réhabilitation. , dans le Sud-Ouest de Stavanger.

Ce projet concerne 2 hôpitaux et 30 communautés, de nombreux usagers et des groupes d’entraide mutuelle.

Le projet comporte 5 sous-projets :

  • autonomie et implication des usagers
  • pair-aidance
  • formation des pairs
  • management de la maladie et réhabilitation
  • évaluation et recherche

Une des missions du « pathfinder project » est la coordination d’un réseau.

Des bonnes pratiques sont déjà connues dans le domaine du soutien à la réhabilitation, mais il s’agit de les mettre en œuvre et de les développer.

 

 

« L’emploi des pair-aidants –quelques défis »

Présentation par Linda CARLMARK et Vilde H. HUSEBO, membres de l’équipe projet

Cette présentation n’avait pas de support visuel

Les travailleurs pairs-aidants, « peer support workers », sont là surtout pour donner de l’espoir.

Ils voudraient établir une professionnalisation de ce métier : fiche de métier, charte de confidentialité à signer, règles d’accès au dossier du patient, séniorisation de l’exercice, système de tutorat et d’échanges entre pairs, développement des compétences (formation), syndicats pour pair-aidants professionnels.

NB : il y a une cinquantaine de pairs qui sont actifs dans ce district.

Linda CARLMARK souligne qu’il est important que le pair-aidant ne pense pas que « son » chemin (son expérience) soit le seul souhaitable, et s’exprime en ce sens auprès des patients.

Les problématiques évoquées pendant la présentation sont partagées par plusieurs pays européens. Des témoignages par les collègues irlandais (Jim Ryan) et allemand (Holger Höhmann)  viennent enrichir les échanges.

  • Une des questions : comment mettre à profit la formation et l’expérience des pairs-aidants acquises à l’hôpital dans d’autres secteurs ?
  • Il s’agit parfois de volontariat, d’autres fois les pair-aidants sont employés et payés.

 

Le programme « New Horizons » de formation des pairs-aidants

Présentation par Inger Kari NERHEIM, responsable du projet

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4 sessions ont été organisées, 67 participants ont été formés à ce jour.

15 modules ont été élaborés. Les formations sont améliorées au fur et à mesure des retours des participants.

 

La boîte à outils / Le plan de bien-être (« Wellness plan Pathfinder»)

WIZARD_une expérience personnelle

Charlotte F, membre de l’équipe projet

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Une personne ancienne toxicomane relate son expérience et la manière dont elle a pu être aidée, grâce au projet « Pathfinder » (trouver le chemin).

 

Prescription d’un emploi / de formation, avec le soutien de An IPS

Lena HEITMANN, responsable du projet

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A partir du constat qu’un pourcentage important de personnes attentes de pathologies mentales sont au chômage, il a été décidé de mettre en place une « prescription » de travail ou de formation (telle une prescription de médicaments).

L’équipe est composée notamment de travailleurs sociaux (au nombre de 4), infirmiers, psychologues.

Cette initiative a 10 ans d’expérience. Les résultats obtenus sont très encourageants.

 

Évidence par les preuves ou direction par les usagers, en service de santé mentale et addictions

Présentation par Lars Conrad MOE, responsable « santé mentale et addictions, enfants, jeunes et jeunes adultes ».

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Traitent 5650 enfants et adultes. L’âge maximal est de 18 ans, mais des patients déjà pris en charge peuvent bénéficier de la poursuite de la prise en charge par les mêmes services.

Moe souligne l’importance, pour les responsables de services de soins, de travailler avec des outils nombreux, de ne pas hésiter à découvrir de nouveaux outils, de développer les compétences pour les différentes thérapies (ex : thérapie comportementale, psychothérapie psychodynamique et thérapies familiales), et de pratiquer la supervision.

Il dit que la capacité du thérapeute à établir une alliance avec le patient, et la réelle disponibilité du thérapeute, aussi émotionnelle, est déterminante lors de la rencontre avec le patient, bien plus que les méthodes utilisées.